Yorgos Mitralias
Hier comme aujourdâhui, la politique dâapaisement nâa conduit quâĂ la catastrophe !
Il a suffit que lâarmĂ©e ukrainienne avance vers Kherson et sâapproche de la CrimĂ©e pour que refassent surface les « encouragements » et autres « conseils » des occidentaux aux autoritĂ©s ukrainiennes pour quâelles cessent dâĂȘtre « inflexibles » et nâinsistent pas trop a vouloir recouvrer lâentiĂšreté des territoires occupĂ©s par la Russie de Poutine! En somme, pour que lâUkraine consente à  se faire mutiler abandonnant p.ex. la CrimĂ©e à  son envahisseur et occupantâŠ
Et pourtant, absolument personne nâoserait aujourdâhui imaginer que la France non collaborationniste aurait pu cĂ©der p.ex. lâAlsace ou la Normandie ou la Provence Ă lâAllemagne hitlĂ©rienne afin de faire la paix avec son envahisseur et occupant nazi. Ou que les rĂ©sistances armĂ©es grecque ou yougoslave auraient pu nĂ©gocier un cessez-le-feu prolongĂ© avec lâennemi nazi quand les forces armĂ©es de cette ennemi occupaient et pillaient leurs pays et massacraient leurs populations. Alors, pourquoi ce qui a Ă©tĂ© inconcevable il y a 80 ans pour la France, la Belgique, lâHollande, la Yougoslavie ou la GrĂšce serait tout a fait ...concevable pour lâUkraine dâaujourdâhui ? Pourquoi personne -y inclus lâactuel prĂ©sident de la RĂ©publique Française- nâoserait prĂ©tendre aujourdâhui que les rĂ©sistants Français aux occupants nazis -y inclus le gĂ©nĂ©ral De Gaulle- Ă©taient trop ...inflexibles quand ils juraient lutter jusquâau lâĂ©crasement total de lâennemi, alors que les rĂ©sistants Ukrainiens -y inclus leur prĂ©sident Zelensky- font preuve... dâinflexibilitĂ© quand ils rĂ©pĂštent quâils veulent libĂ©rer la totalitĂ© des territoires ukrainiens occupĂ©es par la force par la Russie de Poutine ?
Mais, rien de nouveau sous le soleil europĂ©en car ce qui est aujourdâhui inconcevable a Ă©té ... trĂšs concevable juste avant la deuxiĂšme boucherie mondiale. A tel point que lâensemble des dirigeants des principaux pays europĂ©ens de lâĂ©poque (France, Grande Bretagne, Italie et Allemagne) aient pu proclamer quâils avaient rĂ©ussi Ă prĂ©server la paix sur le continent grĂące Ă la cession dâune partie du territoire dâun pays agressĂ© Ă son agresseur. CâĂ©taient Ă©videmment, les accords de Munich, ça se passait en septembre 1938, le pays agressĂ© Ă©tait la TchĂ©coslovaquie amputĂ©e de la rĂ©gion des SudĂštes, lâagresseur nâĂ©tait autre que lâAllemagne nazie de Hitler, ...et on connaĂźt -hĂ©las !- la suite tragique de cette histoire !
Ce terrible prĂ©cĂ©dent historique mĂ©rite quâon sây arrĂȘte un peu car il prĂ©sente de fortes similitudes et analogies avec lâactuelle tragĂ©die ukrainienne au point quâon puisse dire que les SudĂštes germanophones ont été pour Hitler ce que les Ukrainiens russophones sont actuellement pour Poutine : un prĂ©texte pour envahir et annexer un pays voisin ! Comme dans les territoires ukrainiens occupĂ©s par lâarmĂ©e de Poutine et habitĂ©s majoritairement par des populations russophones, la rĂ©gion des SudĂštes Ă©tait aussi habitĂ©e majoritairement par une population germanophone. Dans les deux cas, seule une minoritĂ© de ces populations germanophones et russophones sympathisaient avec le pays agresseur qui voulait les « libĂ©rer » en invoquant, comme le fait Poutine maintenant et comme lâa fait...Hitler Ă lâĂ©poque, « le droit des peuples Ă lâautodĂ©termination » ! Et dans les deux cas, le fait que la majoritĂ© de ces populations supportait des partis antifascistes (les sudĂštes germanophones) ou prenaient mĂȘme les armes contre lâenvahisseur (les Ukrainiens russophones), nâa pas empĂȘchĂ© Hitler et Poutine dâannexer leur territoire au Grand Reich et Ă la Grande Russie respectivement.
Mais, le plus important est que dans les deux cas, la politique dâapaisement pratiquĂ©e Ă lâĂ©gard de Hitler et de Poutine nâa pas produit la paix escomptĂ©e mais tout son contraire : la guerre la plus barbare et meurtriĂšre ! Dâailleurs, pour arriver Ă la guerre gĂ©nĂ©ralisĂ©e tant en 1939-40 quâen 2022, il a fallu non pas une mais une sĂ©rie de reculades de plus en plus importantes devant les dictateurs cyniques et va-t-en-guerre comme Hitler et Poutine. En effet, pour arriver Ă la trahison finale de Munich il a fallu que les puissances alliĂ©es de lâĂ©poque acceptent pratiquement sans broncher que Hitler viole allĂ©grement le droit international et les traitĂ©s lâune aprĂšs lâautre , en rĂ©armant lâAllemagne, en remilitarisant la RhĂ©nanie, en annexant lâAutriche (Anschluss), et Ă©videmment, en intervenant militairement dans la guerre civile espagnole. Et dâautre part, pour que Poutine se dĂ©cide Ă occuper et annexer la CrimĂ©e en 2014, il a fallu dâabord que les « dĂ©mocraties occidentales » le laissent, pratiquement sans rĂ©agir, raser et massacrer Grozny (1999-2000), mutiler la GĂ©orgie (2008), raser Alep en Syrie (2020), et dĂ©tacher le Donbass de lâUkraine (2014) et la Transnistrie de la Moldavie (2006) ! (1)
La conclusion est sans appel : la politique dite dâapaisement à  lâĂ©gard des autocrates avides de conquĂȘtes territoriales équivaut tout simplement à  leur aiguiser lâappĂ©tit impĂ©rialistepour encore plus de conquĂȘtes! En somme, les amadouer conduit non pas à  la paix mais à  coup sĂ»r à  la guerre ! Et aussi, force est de constater que les leçons de lâentre-deux-guerres europĂ©en restent tout Ă fait valables et applicables Ă notre triste Ă©poque caractĂ©risĂ©e par le retour des mĂȘmes dĂ©mons qui ont mis Ă feu et Ă sang notre continent il y a plus de 80 ans...
Alors, profitons de ces leçons pour ne pas avoir Ă rĂ©pĂ©ter les mĂȘmes erreurs tragiques, lesquelles pourraient avoir Ă notre Ă©poque des consĂ©quences encore plus horribles et encore plus cauchemardesques. Cette fois, il ne faut pas que nos gouvernants nous bernent avec leurs promesses pseudo-pacifistes Ă lâinstar de ce premier ministre britannique Neville Chamberlain qui, de retour de Munich, « vendait » Ă ses compatriotes lâultime reculade devant Hitler, avec ses mots tristement cĂ©lĂšbres:
« Mes bons amis, pour la seconde fois de notre histoire, un Premier ministre britannique est revenu de l'Allemagne en apportant la paix avec honneur. Je crois que c'est la paix pour notre temps⊠Retournez à la maison et prenez un bon sommeil paisible. » (« My good friends, for the second time in our history, a British Prime Minister has returned from Germany bringing peace with honour. I believe it is peace for our time⊠Go home and get a nice quiet sleep. »). (2)
RĂ©pĂ©tĂ© Ă notre Ă©poque, ce « bon sommeil paisible » risquerait dâĂȘtre mortifĂšreâŠ