Ukraine AN III

Date
12/02/2024
Author

Hanna Perekhoda

La guerre russe en Ukraine entre dans sa troisiĂšme annĂ©e, et rien n’indique que Poutine ait changĂ© son objectif initial, Ă  savoir le dĂ©mantĂšlement total de l’État ukrainien. En Occident, nombreux sont celles et ceux qui s’impatientent, Ă©voquant la perspective que l’Ukraine doive cĂ©der des «terres» (et les personnes qui y vivent) en Ă©change de la «paix».

La fatigue de la guerre en Ukraine s’accroĂźt en Occident, affirment les mĂ©dias. Mais personne n’est plus fatigué·e de cette guerre que les Ukrainien·nes elles·eux-mĂȘmes. Des dizaines de villes et des milliers de villages sont rasĂ©s. Des centaines de milliers de personnes, notamment des enfants, ont Ă©tĂ© dĂ©portĂ©es de force en Russie. Des millions de personnes ont dĂ» fuir l’Ukraine et beaucoup d’autres ont Ă©tĂ© dĂ©placĂ©es Ă  l’intĂ©rieur du pays.

Le coĂ»t supportĂ© par les Ukrainien·nes ne cesse d’augmenter. Mais il en va de mĂȘme pour le dĂ©sir persistant de voir leur rĂ©sistance hĂ©roĂŻque signifier quelque chose, d’affirmer leur choix pour un État oĂč l’on peut ĂȘtre un·e citoyen·ne plutĂŽt qu’un·e serf·ve. Tenu (Ă  tort) pour acquis en Europe occidentale, ce droit doit encore ĂȘtre dĂ©fendu les armes Ă  la main dans la majeure partie du monde.

L’Ukraine est peut-ĂȘtre loin d’ĂȘtre l’endroit oĂč un·e militant·e de gauche pourrait trouver l’incarnation d’un paradis socialiste sur terre.

Mais ce qui compte, c’est que les Ukrainien·nes dĂ©fendent le projet d’une sociĂ©tĂ© oĂč le changement est possible. La Russie a, elle aussi, un projet: un monde oĂč aucun changement n’est concevable et oĂč aucune lutte n’a la moindre chance d’aboutir. Dans le jargon du Kremlin, il s’agit d’un «ordre mondial multipolaire», dans lequel chaque grande puissance autoproclamĂ©e aurait sa propre zone d’influence exclusive oĂč elle pourrait exploiter la population et la nature en toute impunitĂ©, sans se soucier des normes et des rĂšgles internationales.

Poutine est, par essence, en train de former une Internationale d’extrĂȘme droite, en alignant des politicien·nes qui n’hĂ©siteraient pas Ă  dĂ©molir les mĂ©canismes de sĂ©curitĂ© internationale restants, en mobilisant aussi Ă  cette fin le juste sentiment d’opposition à «l’hypocrisie occidentale» dans le Sud global.

En effet, les Nations Unies n’ont pas Ă©tĂ© en mesure d’apporter des solutions valables aux guerres en Ukraine, et encore moins Ă  la guerre Ă  Gaza, entravĂ©es par les vetos de la Russie et des États-Unis respectivement, alimentant ainsi une crise de confiance envers les normes et les principes censĂ©s ĂȘtre universels.

La rĂ©action appropriĂ©e ne consiste toutefois pas Ă  rejeter ces principes. Ce que les militant·es concerné·es par l’injustice doivent faire, c’est lutter pour l’universalitĂ© des normes et l’universalitĂ© des sanctions en cas de leur violation, et non pour leur destruction. (surtout si l’on considĂšre que nous ne serons pas les premier·Úres Ă  faire face aux consĂ©quences de la «multipolaire» Ă©mergente, qui passe d’abord par des guerres et des gĂ©nocides dans des «pĂ©riphĂ©ries»).

La solidaritĂ© avec l’Ukraine ne doit pas ĂȘtre une simple posture morale, mais une rĂ©ponse rationnelle. Car si la lĂ©gitimitĂ© des «sphĂšres d’influence» est Ă©tablie en norme, quel autre choix les États auraient-ils que de rejoindre l’un des blocs militaires? Si la puissance nuclĂ©aire peut faire tout ce qu’elle veut sans encourir de sanctions, qui choisira alors le dĂ©sarmement?

Si la puissance nuclĂ©aire peut faire tout ce qu’elle veut sans encourir de sanctions, qui choisira alors le dĂ©sarmement? Malheureusement, certain·es Ă  gauche ont tendance Ă  soutenir les dictateurs «opprimĂ©s» plutĂŽt que les peuples qui luttent pour leur libertĂ©, que ce soit contre une agression extĂ©rieure ou une oppression intĂ©rieure.

Dans le monde des impĂ©rialismes concurrents, le moins que nous puissions faire est d’écouter et d’amplifier les voix des gens comme nous – les travailleur·euses – et non les voix de ceux qui prĂ©tendent parler en leur nom, qu’ils soient du «Nord» ou du «Sud».

Ukraine AN III